DE QUOI SOUFFRE LE CENTRAFRIQUE?

Le Centrafrique né le 1er Décembre 1958 a accédé à son indépendance le 13 Août 1960, soit plus de 57 ans aujourd’hui.  A 59 ans, le Centrafrique est certes un pays jeune mais en âge suffisamment mâture pour tenir debout et marcher seul. Or, il n’en est rien.  Du haut de ses 59 ans le Centrafrique peine à se construire et à prendre son envol. Pourquoi ? De quoi souffre le Centrafrique ?

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser que, comme toutes les anciennes colonies françaises, l’indépendance obtenue en vague n’a été que partielle à savoir uniquement « Politique ».  Cette forme d’indépendance, pensée par le colon, a permis aux ex-colonisés de vivre avec et parmi les leurs cela sur leurs terres sans pour autant en avoir le titre foncier.

Le tout se résumant au fait d’ôter à ces pays et à leur peuple, les chaînes des pieds qui les maintenaient prisonniers sur leurs terres, tout en conservant celles de leurs cous et de leurs mains pour des déplacements limités et contrôlés.  Même le découpage des frontières, qui paraît pourtant aléatoire, a été pensé afin de garantir et maintenir une hégémonie. Ceci étant dit, même si cette indépendance acquise dans la douleur n’est qu’illusion, pouvons-nous affirmer qu’elle est le seul frein au développement du Centrafrique ?

Certes, elle constitue une cause de non-liberté et d’atteinte à la liberté d’autrui, car avec les mains liées, il nous est très difficile de concevoir un modèle de développement économique et social, sauf avec l’approbation de qui de droit. Il s’agit bel et bien d’oppression, une forme d’oppression savamment pensée et ficelée, avec la contribution de nos Hommes politiques, souvent naïfs, manquant de courage, de vision, de projet de société et cupides. Toutefois, le véritable frein à l’éclosion du Centrafrique se trouve ailleurs.

Il n’est point nécessaire de tergiverser ni d’essayer de ne point vexer, ni blesser ou voire de chercher à plaire.  Le Centrafrique souffre d’un autre mal qui le maintien au sol et l’empêche de décoller : tout simplement, ses Hommes.  Ceux-là mêmes qui le peuplent et font de lui un espace connu mais sans reconnaissance. Il est des choses qui poussent naturellement seules, mais un pays se construit par le travail et la volonté, si ce n’est le bon vouloir de ses Hommes.

Or, voyez-vous, le Centrafrique est un pays plein de paradoxe !

1- Le Centrafrique, c’est ce pays où les anciens sont nostalgiques

Nostalgie de l’époque où la reconnaissance n’exigeait aucune réalisation individuelle, époque où avoir été à l’école, savoir lire et écrire nous décrétaient « intellectuels » et nous garantissaient une place au soleil dans la fonction publique. Un statut jubilatoire car à l’instar du colon, nous étions respectés et supérieurs à ceux et celles qui n’étaient point instruits, par manque d’opportunité d’école.

Nostalgie de l’époque où il faisait bon vivre en Centrafrique, aujourd’hui « Bangui est doux » nous renvoie à cette époque. Du temps de Bangui la coquette, où tout était divertissement, amusement et ambiance.

Le paradoxe de cette nostalgie est qu’il s’agit de la période post-coloniale où nos anciens doivent leur salut aux choses héritées de la colonisation, et à la folie d’un jeune soldat, Jean-Bedel Bokassa, dont la fougue et la prétention ont permis au pays de se doter de quelques infrastructures, infrastructures qui continuent à aujourd’hui d’être source de rafistolages et réhabilitations fortement nécessaires à défaut de nouveautés. Car en effet si prise de conscience il y avait eu à cette période, alors le Centrafrique aurait pu prendre son destin en main. Une prise de conscience qui aurait pu allier divertissement et esprit d’artisan.

Et si nous nous prêtons au jeu de demander à chacun de nos anciens leurs réalisations, non pas celles personnelles (maisons et terrains acquis) mais celles des ponts, dispensaires, écoles ou autres biens publics ?  Et pourtant le Centrafrique en a vu passer des Ministres, des Honorables, des Directeurs sans compter les Présidents, les Hommes politiques avides de pouvoir et dépourvus de réalisations pour l’intérêt général.

2- Le Centrafrique, c’est aussi ce pays où la concurrence est interne

Il est un mot de la langue française affectionné et idolâtré en Centrafrique, c’est le « je ». Un « je » qui non seulement empêche la population d’être unie mais pire la pousse à la division.  De même, ici, il est question de prise de conscience, car là où la concurrence est planétaire, en Centrafrique la concurrence est au niveau national. Un pays où tout le monde veut briller au-dessus des autres en pensant, à juste titre ou non, qu’il est plus valable qu’eux.

Un pays où la préférence est donnée à l’étranger au détriment du frère.

Le paradoxe ici, est qu’au final, personne ne brille au niveau planétaire, et à l’échelle nationale : le dernier de la classe arrive parfois à être le patron du premier de la classe.  Alors comment inciter la jeunesse à l’éducation, au mérite et à la réussite scolaire quand les repères sont perdus et que les modèles sont négatifs ?  Et comment instaurer une cohésion sociale durable dans un environnement de compétition permanente quand les compétences sont négligées au profit d’affinités ethniques amicales ou familiales ?

3- Le Centrafrique, c’est aussi ce pays où l’Homme vit de Politique

Le Centrafrique c’est ce pays peu peuplé et vaste en superficie où pullulent les partis et mouvements politiques. Mouvements et partis politiques parfois individuels, familiaux, amicaux et souvent claniques et ethniques.  Mais avec comme point commun une même pratique de la politique, celle de la politique politicienne, basée sur le doux rêve qui est « de poser son arrière train sur le siège princier » (celui du Chef Suprême), peu importe notre capacité, notre charisme, notre vision et notre aptitude à diriger ou à guider.  La finalité de la politique politicienne n’étant pas le peuple ou l’intérêt de celui-ci et encore moins du pays ; l’objectif reste celui d’abattre l’occupant du siège tant convoité.

Une politique où les mouvements et partis n’existent que durant les campagnes électorales pour vendre du rêve au peuple qui, ravi de cet excès de courtoisie, se donne à cœur joie pour profiter des festivités de manière circonstancielle, dans un semblant d’unité.  Si seulement les campagnes électorales étaient menées avec l’enjeu de faire adhérer à des valeurs et des idées afin de faire en sorte que ces circonstances soient un levier d’accompagnement à l’éducation politique du peuple, il n’y aurait rien à redire. Ce qu’il faut cependant déplorer, c’est que l’évènement est mené telle une foire avec des diseurs de bonne aventure vendant du rêve à un peuple qui se plaît à croire à un changement pour s’en retourner très rapidement à ses désillusions.

Quel paradoxe que d’espérer un changement tout en sachant que le peuple est également complice de cet état de fait !  Comment espérer un changement si le peuple lui-même ne l’exige pas en votant et en acceptant d’être courtisé par le ou les mêmes diseurs de bonne aventure ?  Comment réclamer que justice soit faite si celui de qui on attend cette justice est celui qui est source d’oppression ?

Comment un politicien peut-il prendre conscience de ses erreurs si ses électeurs ne le sanctionnent pas lorsqu’il a failli ? Mais pour cela il faudrait que le peuple ait pris conscience du destin qu’il souhaite pour lui et pour sa future génération, afin de savoir ce qu’il attend du Politique.

Il est un fait aussi dans ce pays qu’est le Centrafrique. C’est cet engouement pour la fonction publique et davantage la représentation dans les diverses institutions du pays. Peu importe si celles-ci sont défaillantes. Nous appellerons cela « le devenir quelqu’un » à savoir « Ministre, Conseiller, Honorable ou autre titre pompeux ». En effet, en Centrafrique le titre fait l’Homme, certes cela est flatteur mais uniquement que pour les égos complexés et Dieu sait qu’ils sont nombreux. Car un Homme conscient de ses capacités a-t-il quelque chose à prouver sur la place ? Ses actions, ses contributions et ses prises de position ne sont-elles pas assez suffisantes pour faire valoir ces capacités ?

Comme précisé au départ, pour cela il faudrait faire de la politique sur la base de convictions solides et non pas sur celles créées pour être tendance et être dans l’air du temps.  Le paradoxe ici est qu’une fois le poste obtenu, nous n’entendons plus et ne voyons plus personne, au-delà des selfies nécessaires pour immortaliser le fait que nous étions de la partie, lors de tel ou tel évènement.

On en oublie souvent si ce n’est tout le temps, les missions et les tâches rattachées à la fonction que l’on occupe. C’est à se demander si la conscience de la responsabilité du poste a été pensée au préalable, visiblement non !  Pour exemple, les « Honorables » censés être députés de la Nation cloîtrés à Bangui ne vont jamais dans leur circonscription. Ne sont-ils pas élus pour représenter leurs électeurs et leur circonscription ? Que peuvent-ils bien exposer au nom de leurs administrés s’ils ne les côtoient point ?

Ils nous diront qu’il y a un problème de sécurité, mais leur poids politique ne pourrait-il pas aider à ramener une certaine accalmie en période de forte agitation ? Et justement n’est-il pas de leur ressort de participer si ce n’est de faire en sorte qu’il y ait un dialogue ou des négociations de proximité ?

Un titre est alloué à une fonction pour laquelle il nous faut porter la croix de la douleur qui va avec !

De même Les « Ministres » sont censés premièrement diriger un département ministériel, c’est-à-dire en assurer le pilotage, le fonctionnement ainsi que les contrôles utiles, deuxièmement, ils ont également la responsabilité d’impulser une dynamique collective et de mettre en œuvre la politique gouvernementale. Pour cela, il faudrait qu’ils aient la capacité de diriger et d’avoir compris la mission politique qui leur est attribuée.

Tout comme il faudrait aussi au préalable définir une orientation politique pour que celle-ci soit mise en œuvre au niveau gouvernemental. De même il faudrait que le chef dudit gouvernement soit en capacité de cadrer, diriger, coordonner et fixer les orientations politiques.

Beaucoup de conditions pouvant perturber et donner lieu à certaines confusions dans l’esprit de personnes pas tout à fait prêtes. Il est des métiers où il faut à défaut d’expériences de management, un minimum de qualités appropriées.

S’agissant de la démocratie, notion qui permet qu’il y ait une pléthore de partis et mouvements politiques, elle est en pratique ni comprise ni assimilée par les Hommes politiques de Centrafrique. Même si les principes de la démocratie à l’Occidentale sont discutables concernant l’Afrique, ils permettent tout de même de mettre à disposition d’un pays un bon nombre d’institutions au sein desquelles nos Hommes politiques peuvent faire que cette démocratie s’exerce pleinement. Il s’agit d’animer la sphère politique à travers des débats d’idées et non de personnes, de garantir l’intérêt général du peuple et du territoire en faisant des propositions ou contre-propositions, de former la population à la citoyenneté à l’aide d’échanges et d’une communication permanente. Des actions qui semblent évidentes mais qui dans les faits sont difficiles à mettre en œuvre lorsque le fondement même de la démocratie est mal maîtrisé : les énergies des uns et des autres étant concentrées sur des guéguerres de personnes et la recherche de moyens de nuire à autrui.

Si la notion de démocratie était comprise, nos Hommes politiques constateraient qu’une fois les élections passées, la position la plus noble est celle de l’opposition, qui a l’avantage de marquer à la culotte le Chef de L’État et le gouvernement dans les actions qu’ils entreprennent dans la réalisation de leur programme de gouvernement. En effet, si opposition il y avait en Centrafrique, nous assisterions à une communication permanente à l’adresse de la population pour l’informer et la prévenir des impacts des actions ou de l’inaction du régime en place.

Si opposition il y avait en Centrafrique, nous assisterions à des débats sur ce qui est en mesure de faire ou de ne pas faire au nom et pour l’intérêt général.

Si opposition il y avait, nous assisterions à des adresses de soutien au peuple pour lequel on se prétend inquiet.

Lorsque l’on se complaît à parler de nos morts, à compter nos morts, à décrire les régions occupées et qu’en parallèle on ne s’adresse pas à cette population souillée et marginalisée par l’insécurité ambiante, cela au profit d’une partie de la population non inquiétée du fait de sa situation géographique, pouvons-nous réellement prétendre être inquiets ?

Une opposition peut-elle se permettre le luxe de choisir son audience ? Des questions que le peuple est en mesure et en droit de se poser.

Si nous avions travaillé sur les faits pour des résultats, nous nous serions aperçus qu’en Centrafrique le nombre de connectés aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies du monde est bien plus faible que le nombre de personnes ayant accès à la radio.

Les campagnes d’informations dans les régions auraient davantage d’impacts que toutes les informations venant de l’extérieur.

La réalité de la vie politique Centrafricaine est que ce sont les Hommes, par leurs pratiques politiques, qui contribuent à l’affaiblissement des institutions.

Le ridicule, en Centrafrique, est que la démocratie en tant que telle ne se pratique pas mais se chante à tue-tête. Tout comme on ne s’auto-décrète pas opposant ou de l’opposition, on agit en tant qu’opposant et opposition surtout quand nous avons fait rêver des personnes devenus électeurs et sympathisants ou tout simplement surtout quand des personnes fondent en nous un espoir. Rappelons-nous qu’il s’agit de vies humaines et non de pions de jeu d’échec.

Utilisons à bon escient nos institutions pour faire valoir les droits des nôtres.

Posons-nous la question de la visée de nos sorties médiatiques (opposants déclarés ou non) au moment même où le Centrafrique se retrouve sous le feu des projecteurs de la Communauté internationale. A quoi bon si cela ne sert point l’intérêt général ?

Les sorties médiatiques doivent se faire à bon escient pour avoir l’impact quelles sont censées porter. Le simple questionnement de l’utilité de telles sorties, qui plus est dans les médias internationaux, nous oblige à penser à l’impact négatif que cela peut avoir sur les discussions en cours, et de fait sur la volonté réelle de nos Politiques à voir le Centrafrique sortir de cette crise.

Bon admettons que cela soit une simple coïncidence de calendrier !

Le Centrafrique a plus que jamais besoin d’une pratique politique responsable.

Rendons fortes et crédibles nos institutions afin d’imposer un cap et être source de contributions au nom de la Nation.

Quant au régime en place, il est urgent de prendre conscience de la situation du pays.

A situation délicate il importe de mettre en œuvre une organisation efficiente, et adopter une méthode de travail à la hauteur des défis à relever, tant dans le choix de l’équipe en charge de mener et piloter le bateau que dans la stratégie à adopter.

Il faut s’attacher à rompre avec les pratiques du passé qui ont été plus que nuisibles. La politique ne se pratique pas entre amis ni parents mais entre personnes responsables et en responsabilité.

4- Le Centrafrique, c’est ce pays où la devise reste à expliquer et inculquer

En effet, la notion de travail semble venir d’une autre planète sans parler de la conscience professionnelle.

En Centrafrique, les initiatives sont là, mais le manque de sérieux dans le travail et l’insuffisance de qualification ne concourent pas à l’obtention des résultats attendus. Pour exemple :

– Une maison paraîtra belle de visu mais la finition n’y sera pas. Un seul moment d’inattention et votre maison pourrait être construite à l’envers. Il vous faudra dormir sur le chantier pour espérer un travail honnête et correct. – L’employé de maison essaiera de vous berner si vous manquer d’attention – Le gardien ira ouvrir le portail si et seulement s’il ne pleut pas car s’il pleut, il vous faudra y aller vous-même. On ne sait plus qui est patron et qui est employé. – Pour activer une puce chez un fournisseur, il vous faudra vous armer de patience, et même quand ça sera votre tour, vous réaliserez que vous vous trouvez en face de la conseillère, mais que le dossier traité n’est pas le vôtre. Comptez au moins 1 heure d’attente voire plus pour 5 minutes d’intervention, sachant que la conseillère traite 5 activations en 1 heure. – Alors s’il vous arrive de devoir faire un transfert ou recevoir de l’argent, il est préférable d’y renoncer car, si ce n’est pas le système informatique qui fait défaut, c’est l’hôtesse qui prendra 2 heures à agrafer et faire les photocopies. – Sans parler de la galère dans les hôpitaux et des diagnostics bidons des médecins formés jadis et restés depuis lors sans remise à niveau. Autant vous achetez le sérum directement en pharmacie cela vous évitera la perte de temps et le risque de ressortir malades de ces hôpitaux du fait de leur insalubrité. – Ne parlons pas des postes dont les occupants ne savent pas pourquoi ils sont là. Oubliant qu’à une fonction il y a une mission et des tâches associées auxquelles sont rattachés un engagement et un devoir à assumer.

Le paradoxe ici, c’est qu’il existe des talents mais par manque de cadres, de structures d’accompagnements, de formations adéquates et de gestion de la ressource humaine, les efforts sont néants et le travail réalisé, éphémère.

De plus, il faut croire qu’il y a une appréhension à recruter sur base de compétences et de savoir-faire. Lorsqu’une équipe a démontré qu’elle n’est pas en capacité de faire et d’être à la hauteur, il n’est point nécessaire de la conserver à l’ouvrage. Lorsque les enjeux et les objectifs sont fixés, il ne faut point tergiverser dans le temps : Nos choix doivent être responsables et assumés, il en va de l’avenir d’un projet, d’un pays et d’une Nation.

Est-il nécessaire de rappeler qu’il est question ici de vies humaines, du devenir des futures générations et de la survie du pays pour lesquelles nous sommes comptables de nos initiatives et de nos actions ?

Est-il si compliqué d’instaurer une culture du résultat et du travail bien fait, d’inculquer au personnel le fait de devoir rendre des comptes, d’être évalué, de s’auto-évaluer et d’adopter un état d’esprit où l’évolution, et le développement professionnels seront les objectifs ?

5- Le Centrafrique, c’est aussi une diaspora qui se trompe de combat

Le mal du Centrafrique reste omniprésent même lorsque ses ressortissants se retrouvent à l’extérieur. Le Centrafrique, c’est aussi ce pays où les tares de l’Homme transitent les frontières.  Le « je » abonde (cf point 2), la division bat son plein, le rêve de reconnaissance par le titre fait des ravages et l’espoir d’unité pour un réel apport de ceux et celles pourtant en capacité d’aider le pays à se relever se dissipe.

Là où les autres diasporas se réunissent pour parler d’actions à mener, d’écoles, de dispensaires, de circuit de transfert d’argent à mettre en œuvre ou à construire, de solidarité. Que fait la diaspora Centrafricaine ? De l’humanitaire.  Certes il faut de l’humanitaire, même les pays développés ont des associations et des ONG humanitaires, mais la RCA ne peut pas se contenter que de l’humanitaire. Surtout que nous savons que l’humanitaire est souvent utilisé comme moyen pour atteindre des objectifs cachés !

Il est faux de dire qu’il n’y a aucune initiative. Il y en a, mais selon la circonstance et si seulement si celle-ci est regardée et suivie. Bien entendu, la pensée tribale reste bien ancrée dans l’esprit des gens, cela est dû au fameux « je ». En effet, si ce n’est pas « moi », il faut que ce soit « le mien » qui soit en place pour espérer en jouir également. C’est un état d’esprit mais ce n’est point avec celui-ci que l’on va construire notre Centrafrique.

Nous nous abstiendrons de parler de la calomnie et de la désinformation, sport favori ayant pignon sur la toile.

Le paradoxe ici est que si les Centrafricains de l’étranger se trompent de combat, c’est que ce combat se situe ailleurs. Le suivisme par rapport aux appartenances ethniques et régionales sévit également à l’étranger à un point tel que même les initiatives partagées, ne peuvent être menées à bien, à cause de ce penchant malsain.

L’espoir d’un lendemain meilleur reste toujours placé dans des diseurs de bonne aventure sans « zékés » ni boule de cristal. Si ces ressortissants Centrafricains de l’étranger avaient pris conscience, tant d’énergie dépensée à se combattre les uns les autres aurait pu être utilisée pour répondre collectivement aux cris et à la détresse du pays.

De plus, et s’ils avaient réalisé que le rêve politique partagé a aussi contribué à la déchéance du pays, ils auraient consacré davantage d’efforts dans la concrétisation de projets touchant des domaines variés.

Conclusion :

Lorsque l’on regarde par la fenêtre, nous voyons que d’autres pays ont eu une histoire aussi douloureuse que celle du Centrafrique et se retrouvent aujourd’hui être des modèles en termes de développement et de gouvernance. De ce fait, nous pouvons dire que rien n’est impossible aux Hommes de bonne volonté et il n’est point de rêves interdits. Il nous suffit d’y croire fermement et de travailler dans ce sens.

Pour cela, il nous faut apprendre à tirer les leçons du passé pour ne pas faire se perpétrer les erreurs et les pratiques nuisibles qui ne nous glorifient pas.

Il nous faut cesser de nous conforter d’illusions, ce que nous pouvons appeler le paradoxe du bonheur éphémère, où nous nous laissons éblouir par des promesses qui n’engagent que ceux et celles qui y croient, par des rencontres festives sous un semblant d’unité mais que de circonstances, par des politiciens qui usent de pions pour la sale besogne, nous paupérisant davantage et volontairement.

Entre autres, on nous parle de sémantique politique, car n’ayant point fait sciences politiques, il nous est demandé de croire sur parole ; quand bien même la sémantique politique se résumerait à dire une chose et faire ou signer son contraire.

Le peuple a pour obligation de prendre conscience qu’un bulletin de vote représente bien plus qu’un bout de papier, celui-ci est représentatif d’un avenir, l’avenir qu’il souhaite pour lui et pour les générations à venir. Le peuple se doit d’être exigeant et conscient du combat qu’il doit mener et qu’il se doit de mener.

Il lui est également important de réaliser qu’il est en mesure de créer et de produire, et qu’il a toute sa place dans la société. De plus, il est important que le peuple sache qu’il est maître de son destin ; et que l’existence des Hommes politiques ne dépend que de la sienne.

Il est utile également de garder en mémoire que le peuple constitue une armée, la plus redoutable dès lors que celui-ci est déterminé et est lucide sur son devenir, sur ses droits, ses devoirs et les sacrifices qu’il se doit de faire.

Arrêtons l’amateurisme, arrêtons la dispersion, la division et apprenons à communiquer efficacement pour expliquer au monde le pourquoi de la crise et des conflits incessants en Centrafrique. Cela permettra de prendre à témoin les peuples d’ailleurs et d’user des médias en notre faveur.  Lorsque nous en avons l’occasion, plaidons la vraie cause et abstenons-nous des querelles partisanes stériles car au final le Centrafrique n’y gagne rien.

N’oublions pas que tous les conflits et toutes les guerres ne sont que des crimes organisés, de simples mascarades montées de toute pièce pour le profit de certains.

Pour communiquer efficacement, apprenons aussi à dépasser nos émotions pour gagner en clairvoyance et en crédibilité.

Si le Centrafrique ne souffre pas des carences de ses Hommes, prouvons collectivement que le Centrafrique est autre chose que des mésententes et des querelles futiles. Cela ne nous honore point, et pire, cela laisse la place à la main-mise de l’étranger sur nous et notre territoire, faisant de nous des étrangers dans notre propre pays.

Un pays se construit, non pas par miracle ou immaculée conception, mais par le travail et la volonté de ses Hommes qui constituent sa seule vraie richesse, son sous-sol ne pouvant être exploité que par ses Hommes.

La terre n’a-t-elle pas été dotée d’Hommes pour l’embellir ? Rien ne s’acquiert, tout se mérite !

A défaut d’une prise de conscience Nationale, « nous mourrons tous et toutes comme des idiots » (Martin Luther King).

« Faire prospérer le Centrafrique doit être le projet de tous, ce projet est réalisable. Puisque ce projet est réalisable, nous devons le réaliser, sinon nous serons jugés et condamnés par la postérité comme traîtres à notre mission. C’est aujourd’hui qu’il faut bâtir la République Centrafricaine, demain ce sera trop tard ».  » : Discours de Brazzaville 1958 du père Fondateur, Barthélémy Boganda.

Sylvie Baïpo Temon :    « Ressortissante centrafricaine, économiste de formation, Sylvie Baïpo Temon est cadre et responsable de service au sein de la banque BNP Paris Bas

 

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