QUI ALIMENTE LA CRISE ET LA SOUFFRANCE DES CENTRAFRICAINS ? LA FRANCE, LE TCHAD, LES POLITIQUES, LES GROUPES ARMES

Jamais une crise n’a tant duré en RCA comme celle déclenchée par l’ex-Séléka. La RCA, depuis plusieurs années, a traversé des crises. Nous citons entre autres des coups d’état, des mutineries, des mouvements sociaux etc. Ces différents soubresauts ont fini toujours par s’éteindre en un laps de temps.Mais cette crise qui perdure et qui est loin de voir le bout du tunnel, a certainement des ramifications quelque part. Et les Centrafricains s’interrogent en ces termes ; qui alimente réellement la crise centrafricaine, la France, le Tchad, les politiques, les groupes armés… ?

C’est toute la question qui se pose avec plus d’acuité aujourd’hui. Comme un adage populaire dit, « il n’y a pas de fumée sans feu », c’est pour autant dire que la crise centrafricaine est alimentée par des mains invisibles. Et ce n’est un secret pour personne.

Au plus fort de la crise, la France, à travers l’Opération Sangaris, avait été accusée à tort ou à raison d’avoir distribué des armes et munitions aux groupes armés afin qu’ils s’entretuent, s’entredéchirent. Ce ne sont pas les populations de Bambari, du quartier Km5 à Bangui et tant d’autres qui nous démentiront. Certains leaders des partis politiques, des patriotes épris de paix, disons-le, sont monté au créneau pour dénoncer ces pratiques honteuses, machiavéliques qui n’honorent pas la France, ancienne puissance colonisatrice de la RCA. Si l’Opération militaire française, dénommée Sangaris qui est déployée en Centrafrique le 05 décembre 2013 au moment où les Anti-Balaka sont entrés dans la danse, a permis de sauver des vies humaines à Bangui et dans certaines villes du pays, néanmoins elle a fait trop de mal au peuple centrafricain. Au lieu d’éteindre complètement le feu qui consume la RCA, la Sagaris s’est retirée de ce pays à la fin octobre 2016, sept (7) mois après l’accession du président Faustin Archange Touadéra à la magistrature suprême lors de l’élection présidentielle qu’il a remporté au second tour devant le président de l’URCA, Anicet-Georges Dologuélé. L’Opération Sangaris fut un véritable goût d’inachevé. Aujourd’hui, la France ne tousse même pas sur la crise centrafricaine. Toute porte à croire qu’elle a pris ses distances vis-à-vis de la RCA.

Le Tchad, de son côté, a été à maintes reprises accusé par les Centrafricains de soutenir les rebelles de la Séléka, principalement le FPRC, branche dissidente de l’ex-coalition Séléka, patronnée aujourd’hui par  Nourredine Adam et Abdoulaye Hissène. Entretemps, ce pays voisin a participé activement à la chute du président général François Bozizé-Yangouvonda. Dans les régions du Nord, du Centre-est sous le contrôle du FPRC, la présence des mercenaires ou militaires tchadiens est toujours signalée. A Bria, ils sont pleins et rendent la vie difficile aux habitants de cette localité. Le rapport des Nations Unies sur les exactions commises en RCA depuis 2003 à 2015 n’est pas passé par quatre chemins pour rendre coupable l’armée tchadienne dans les tueries, les incendies des maisons, les meurtres, les disparitions forcées, et la liste n’est pas exhaustive. Malgré la fermeture des frontières Tchado-centrafricaines par les autorités tchadiennes, des incursions des mercenaires et peut-être des soldats tchadiens en RCA sont quasi-quotidiennes. Ce ne sont pas les habitants de Kaga-Bandoro, Kabo, Bémal, Markounda, Sido et autres qui diront le contraire. Ces hommes en armes venus du Tchad sont visibles. D’autres ne parlent ni Français, ni Sango, la langue nationale. C’est dire qu’il y a d’autres mercenaires qui se sont joints aux tchadiens pour écumer à petit feu le peuple centrafricain.

En outre, selon le constat des uns et des autres, il n’y a pas que la France et le Tchad qui alimenteraient la crise en RCA. Selon certains leaders des groupes armés, un groupuscule d’hommes politiques centrafricains participent d’une manière ou d’une autre au regain des violences qui ensanglote le pays de feu président fondateur Barthélémy Bongada. Ceux-là, on les appelle les « assoiffés de pouvoir ». Ils veulent prendre le pouvoir de Bangui par la force. Ayant échoué sur tous les plans, ils manipulent aujourd’hui les groupes armés. Leur ultime objectif, c’est de parvenir au pouvoir. Et ce sont les combattants des groupes armés qui sont mieux placés pour les hisser sur la lune. Certains compatriotes centrafricains qui avaient pris les armes et qui n’en ont plus besoin, parce qu’ils veulent la paix sur toute l’étendue du territoire national, disent haut et fort qu’ils les dénonceront le moment venu. A l’heure actuelle, les Centrafricains attendent avec patience ce moment-là pour connaître ces complices ou coauteurs. Les noms de certains sont déjà révélés au grand jour. Nous n’avons pas besoin de vous le dire, vous les connaissez déjà.

Il convient aussi de signaler que certains groupes armés qui ont pourtant signé des accords de paix alimentent encore la crise centrafricaine. Aveuglés par les butins de guerre, ils n’ont nullement l’intention de déposer les armes. Car, aujourd’hui, ils signent des accords de paix, de cessez-le feu immédiat, demain, on les voit manœuvrer des armes. Sont-ils manipulés comme ils l’affirment ? Qu’est-ce qui les empêche de dire non à ces manipulateurs ? Rien et absolument rien. S’ils persistent dans la violence, c’est qu’ils y ont trouvé leur compté. S’ils  étaient des vrais fils de ce pays, déposer les armes pour faire la paix, ne devrait pas poser des problèmes pour eux. Hélas, ils sont aussi comme leurs manipulateurs, agissent exactement comme ces derniers.

Donc, de la France au Tchad en passant par les politiques, les groupes armés et tant d’autres complices, chacun a sa part de responsabilité dans la persistance de la crise en  Centrafrique. Nous pouvons accuser à tort ou à raison n’importe qui que ce soit, mais nous devons savoir aussi que chaque centrafricain a contribué à la violence sous d’autres formes. Raison pour laquelle nous demandons aux Centrafricains de nous mobiliser autour de notre président Faustin-Archange Touadéra pour qu’ensemble, nous cherchions des voies et moyens afin de sortir de cette crise.

La France et le Tchad doivent cesser leur politique d’autruche et aider réellement la RCA et son peuple à sortir de ce bourbier. La crise a trop duré. Le sang a trop coulé sous le pont. Il faut mettre un terme à cette barbarie, cette hémorragie. Et nous saisissons cette opportunité pour lancer un appel à tous ceux qui alimentent la crise centrafricaine de prendre conscience du mal qu’ils font à la population centrafricaine et de renoncer à cette pratique indigne, inhumaine, bestiale. C’est vraiment dommage.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA Sources: Centrafrique matin

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