Lettre ouverte à l’élite Centrafricaine ( ré-flexions indiscrètes et interpellations patriotiques )

Le 17 novembre 2016, le Gouvernement de la République Centrafricaine a présenté et défendu avec succès devant la Communauté Internationale, son plan de relèvement et de reconstruction pour les quatre prochaines années.

La mobilisation des Gouvernements  et Organisations Internationales à L’occasion de cette table-ronde, a permis d’enregistrer  des promesses d’appui au relèvement et de financement des projets de reconstruction à hauteur de 2,268milliards USD soit environ 1400 milliards de francs CFA

En  valeur  relative,  cette  opportunité  représente près de cinq fois le budget de l’exercice 2017 (237 milliards de francs CFA) .

Cet extraordinaire élan de solidarité  internationale, manifesté en faveur du peuple centrafricain est exceptionnel dans l’histoire de notre pays.

Il y’a lieu de s’en féliciter.

Et c’est donc tout naturellement que le Président  de la  République  ainsi  que le  Gouvernement  de  notre  pays , ont  légitimement  bénéficié  avant et pendant cette table-ronde, du soutien mais aussi et surtout des félicitations de l’ensemble de la communauté Nationale et internationale , à l’issue de cet événement historique.

 

Après quelques semaines d’émotions fortes, consécutives  aux  exceptionnelles performances de notre pays à Bruxelles, il est temps  pour l’élite Nationale, d’en faire  le bilan et d’en dégager des perspectives opérationnelles responsables.

 

La présente lettre ouverte á l’élite centrafricaine est à la fois une invitation au débat citoyen. Elle vise à alerter les esprits afin de :

- permettre  à notre pays de mettre toutes les chances de son  coté, dans ce processus de reconstruction nationale, dont Bruxelles n’en est qu’un pilier.

- éviter à nos compatriotes de futures désillusions ;

- partager l’indicible sur certains sujets tabous  qui ont compromis de manière virale notre vivre ensemble et notre ambition de développement ;

-  déclencher une veille patriotique collective, facteur d’une véritable  solidarité agissante ;

- faire de nos compatriotes les premiers  acteurs conscients et responsables du changement social auquel nous aspirons.

 

Les ré-flexions suivantes dont certaines n’ont a priori aucune relation directe avec la table-ronde  de Bruxelles, sont suscitées à dessein pour rendre intelligible l’environnement global (national, sous- régional, international  et même socio-historique) dans lequel les résultats de Bruxelles seront mis en œuvre.

 

Certaines interrogations à double entrée, ont vocation à clarifier certains enjeux sociaux, économiques et politiques d’hier en vue de nous permettre, de mieux affronter nos prochains défis.

 

Aussi, dans ce nouveau contexte de mutation sociale et de reprise en main  de notre destin, la pire des attitudes consisterait à succomber  sous l’effet romanesque des annonces de Bruxelles et d’attendre patiemment leur concrétisation.

Imaginez le sort d’ un cycliste qui descendrait nonchalamment une pente  rassurante, la tête dans le guidon, et qui s’interdit de la relever de temps en temps , ne serait-ce que pour regarder les panneaux de signalisation ou tout simplement, pour admirer le paysage…..

Une élite nationale à vocation  à se comporter comme le phare et non le feu arrière d’une bicyclette. Elle a pour mission d’éclairer le chemin, les lendemains,  l’avenir, en vue de créer les conditions du possible.

Cette mission incombe davantage à l’élite politique puisque, « gouverner c’est prévoir ».

 

La République centrafricaine n’est ni une page blanche, ni un long fleuve tranquille.

Ses 56ans d’indépendances sont particulièrement remplis  à la fois de riches et de douloureux enseignements  dont-on se prive souvent , faute de code d’accès .

On ne voit pas qu’avec les yeux…

 

Autant, il nous est indispensable d’arpenter les couloirs du monde et d’explorer toutes les opportunités,  en vue de mobiliser les moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes, autant, la nouvelle   séquence de notre histoire  qui commence  nous impose de changer de paradigmes, de réflexes et de comportements.

Deux exigences président à cela:

a)-  » Rien ne changera dans notre pays, si rien ne change en chacun d’entre nous  »

b)-  une dynamique de changement social obéit soit:

- à une logique de type continuiste , qui suppose de profondes réformes en continue;

Soit

- à une logique de type discontinuiste, qui suppose non pas une, mais des séries de ruptures radicales.

Manifestement, nous avions fait le choix de la seconde option lors des dernières élections présidentielles.

En sommes-nous collectivement conscients, prêts et capables ?

 

Suite aux multiples promesses non tenues par notre élite  politique, au cours de ces trente dernières années, nos  compatriotes échaudés, désormais prudents et  exigeants, on fait le serment de juger l’arbre à ses fruits, de voir les résultats avant de croire. C’est tout à leur honneur. Mais attention, c’est l’expression d’une déception.

 

Le premier enseignement politique à en tirer est le suivant: « on ne peut plus Gouverner aujourd’hui un peuple intelligent, mature et responsable comme aux premières heures de la décolonisation ».

 

Dans le même temps et aussi paradoxalement, notre peuple surprend parfois par ses contradictions.

 

Après nous être proclamés « peuple  mature et responsable » nous avions donné de nous dans un passé récent, l’image d’un peuple extraverti, conditionné à s’observer, à interpréter, à comprendre ce qui nous arrive, à travers les yeux des autres et surtout  à dialoguer entre nous et à agir, selon la volonté et les injonctions des autres.

Plus que jamais, nous devrions nous atteler à  rétablir notre prestige et notre respectabilité.

 

Pendant plusieurs années, nos gouvernants ont entretenu l’idée, qu’ils pourraient changer la vie de nos compatriotes, d’en haut. Fort heureusement, la fin de l’Etat providence a évacué cette illusion.

 

Acteur multicarte, capable d’être à la fois juge et partie, l’Etat est investi des rôles  les plus étendus dont celui d’acteur économique ou simplement de régulateur.

Toutefois, sa principale mission consiste d’abord et avant tout à libérer les énergies en créant  les conditions politiques, juridiques et économiques nécessaires  à la transformation de la vie de nos compatriotes par eux-mêmes.

 

Cette conception nous placent au coœurs des grands débats doctrinaux de notre temps.

 

L’option libérale, dans sa version « brute de décoffrage’’, imposée à nos économies, nous a privé des correctifs doctrinaux portés par la social-démocratie, l’altermondialiste, ou le panafricanisme.

 

N’est-il pas temps de revisiter ces doctrines et tout particulièrement le panafricanisme?

 

Sur le plan de « notre historicité dynamique » on nous a fait dire et répéter que sur  les huit (8) Chefs d’Etat qui ont conduit notre destinée depuis l’accession de notre pays à la souveraineté  Internationale  jusqu’à ce jour, six (6) seraient « d’excellents  » dictateurs, rompant ainsi tous liens dynamiques avec la mémoire des luttes d’hier.

 

Mais comme en politique il est trop souvent un « crime » d’avoir raison trop tôt, in fine n’y a t- il  pas un seul  patriote incompris parmi eux?

 

Nous les avons culpabilisé  et précipité  dans les bas-fonds oubliés de l’histoire, après avoir été comptables de leur gestion.

Sans scrupule, nous prenons plaisir à accabler nos propres mentors d’hier afin d’attirer les  faveurs de ceux qui les ont remplacés et ce, sans qu’aucun principe moral n’ait heurté notre conscience.

Et la politique perd tout son sens mélioratif pour devenir tout simplement synonyme de perfidie, d’intrigues, de manipulation, de cynisme et d’hypocrisie.

Et le cycle se poursuit..

 

Entre ceux qui se coalisent dans le seul but de conserver le pouvoir et ceux qui tirent, par pure cynisme , plaisir à neutraliser les autres,  il n’y a que très peu de place pour ceux qui se préoccupent véritablement des intérêts du peuple au service duquel , tous jurent devant les caméras, la main sur le cœur, s’être engagés en politique .

 

De même , notre  pays compte une soixantaine de partis politiques  dont les 3/4 ont  de tout temps , fait « le serment »  de demeurer membres de la majorité présidentielle , même quand la majorité change de camp par la voie des armes ou des urnes.

Est-ce parce que le statut de l’opposition peine à s’imposer dans la dynamique globale des institutions dans notre pays? J’en doute…

 

Le temps n’est-il pas venu de moraliser notre démocratie  par la bipolarisation ou la tripolarisation de l’espace politique national, afin de créer non seulement les conditions de l’alternance démocratique mais plutôt, de véritables alternatives politiques dans notre pays?

 

Et les interrogations se multiplient….

 

Nous avions occulté de nos débats, l’aspect doctrinal depuis plus de 36 ans parce qu’on nous a fait croire qu’il n’y a pas de réponses de gauche ou de droite applicables à nos défis.

N’est-ce pas que:

-  la promotion des groupements agricoles n’est-elle en définitive qu’une pâle copie redimensionnée du collectivisme?

-  le premier défi auquel doit répondre une  politique nationale en matière d’éducation et de formation par exemple, est celui du type d’homme, du type de peuple, du type de citoyen faut-il  former, pour quel type d’idéal social?

 

Dans un registre connexe, les paradoxes inhérents à la ritualisation de l’alternance démocratique que nous chérissons, se révèlent de plus en plus et nous  imposent désormais, de la retenue.

 

En tant que simple témoin de l’histoire, n’ayant aucune raison  de verser dans l’apologie du monolithisme,  je fais  observer, que sur les six (6) États de la CEMAC , cinq (5) sont dirigés par des chefs d’Etat qui totalisent chacun plus de 25 années au pouvoir.

Contrairement à nos éphémères régimes, cette longévité leur a conféré l’expertise et le relief politique nécessaires,  pour défendre avec autorité les intérêts de leur peuple devant des partenaires bilatéraux, multilatéraux ou privés très exigeants.

 

Ce n’est donc  un hasard si le Tchad , le Cameroun, le Gabon, le Congo , la Guinée Equatoriale , affichent une santé économique et sociale plus reluisante que la RCA , perdue dans son « fétichisme démocratique  » ,  ses instabilités socio-politiques et  multiformes  allégeances .

 

Nous tirons plaisir à tutoyer les nuages et à proclamer partout les florès de nos  élections démocratiques qualifiées souvent   » d’exemplaires » dont malheureusement « les troisièmes tours » furent trop souvent des  mutineries ou des rébellions  armées, avec à  la clé, l’implosion de notre modèle social et la désagrégation de notre économie  jadis prospère.

 

Nous ne nous sommes jamais expliqués pourquoi et comment la restauration du pluralisme démocratique en 1993, s’est commuée trois (3) ans plus tard en crises militaro-politiques, qui se renouvellent mécaniquement tous les dix (10)ans, tel un contrat de bail .

 

De 1993 à 2016 nous avions  expérimenté  les deux versions de l’alternance :

- la version démocratique par les urnes

- la version autocratique par les armes.

Dans les deux cas , elles nous ont précipité ou conforté dans l’instabilité chronique que nous déplorons aujourd’hui et  dont nos voisins nous renvoient au visage, comme notre seule marque de fabrique.

 

La démocratie, c’est le Gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Depuis Plusieurs décennies, elle s’est subrepticement commuée en techno-bureaucratie tout en conservant son ancienne appellation. D’où la surdétermination sémantique d’imposture démocratique …

Les pouvoirs du peuple sont  limités depuis, au simple fait pour lui, d’exercer son droit de vote. L’effectivité de son pouvoir fut récupérée  par l’élite technocratique et bureaucratique, prisonnière  des statistiques et autres options économiques et sociales, souvent à l’antipode des réelles préoccupations des populations.

Dans les vieilles démocraties, cette situation a plus que jamais affecté les procédés habituels de production de la légitimité, en provoquant une désaffection populaire, pour la politique.

Sommes-nous conscients des enjeux connexes à la perpétuation de cette imposture, sur l’avenir de la vie politique  dans notre pays, à court et moyen terme?

 

N’est-il pas temps de faire le bilan de notre  » longue transition démocratique » implémentée depuis bientôt 30 ans ?

Qu’elles en sont les principales lacunes ainsi que les véritables dividendes ?

 

Nous avons déjà oublié que l’immense espoir suscité par la première alternance  de 1993 a été  paralysé, moins d’un an seulement, par la dévaluation du franc CFA, qui a compromis la grande et noble  ambition des dirigeants de l’époque  d’entamer l’industrialisation et de financer les infrastructures  routières et socio-éducatives de notre pays .

 

Face au risque persistant d’une nouvelle dévaluation (50 ou 75 % ) du franc CFA , comment financerions nous , au sortir de cette grave et longue dernière crise, nos grands chantiers de reconstruction  en perspective ?

Ne sommes-nous pas devant les mêmes schémas, d’il  y’a 23ans?

Quelles sont les nouvelles attitudes que nous devrions avoir sur le plan national et de concert avec les autres Etats de la sous-région, devant  ce nouveau cataclysme savamment enrobé d’euphémismes ?

 

L’impact de la crise pétrolière sur les économies de la Zone CEMAC, a contraint ou servi de prétexte à nos partenaires financiers notamment le FMI, depuis décembre 2016, pour exiger à nos six(6) Etats, de nouvelles réformes structurelles qui entraîneront fatalement de nouveaux sacrifices.

 

Dans le cas de notre pays, après « les efforts de guerre  » consentis au cours de ces quatre dernières années, ajoutés au difficile relèvement de notre économie, nos compatriotes seront-ils en mesure de consentir de nouveaux sacrifices?

Est-ce l’unique option?

Que nous reste-t-il à faire?

 

Depuis  bientôt un  an  le Président Idriss Deby a courageusement osé lancer le débat sur le compte d’opérations. N’est-ce déjà pas là le début de la fin du franc CFA, dans sa version actuelle?

Les deux premières grandes économies d’Afrique que sont le Nigéria et l’Afrique du Sud sont portées respectivement par leurs propres monnaies, le naira et le Rand.

 

Serait-il interdit de penser que  l’atonie des économies de la zone franc à laquelle  nous appartenons pourrait s’expliquer par le fait qu’elles soient portées par une monnaie dont  l’arrimage d’abord au franc français et ensuite à l’euro, sa garantie par le Trésor français ainsi que les modalités de gestion de ses réserves de change convenues depuis plusieurs décennies, posent sérieusement problèmes ?

 

Quel est le niveau de maturation nationale des débat sur:

- le nouvel ajustement structurel en perspective, en place et lieu de l’ajustement monétaire qui finira bien par se faire ;

- le retrait ou non de nos États de la Zone franc et/ou du rattachement du franc CFA à un nouveau panier de monnaies ;

- le rapatriement de nos réserves de change.

- la création et l’opérationnalisation du Fonds Monétaire Africain ;

- l’actualisation du projet de construction  des Etats-Unis d’Afrique ;

- le retrait ou non de notre pays de la CPI, dont la partialité  est de plus en plus décriée.

 

Ces débats dont l’urgence est d’horloge, nous convoquent ainsi que tous les africains, instamment.

 

Pourquoi l’élite centrafricaine continue-t-elle d’exonérer toute l’Afrique  de sa contribution intellectuelle et même politique, à ces grands débats qui détermineront cette seconde moitié du 21ème siècle ?

 

L’arbre a failli cacher la forêt ….

 

Les institutions de Bretton-Woods nous avaient fortement recommandé, au cours des trente dernières années, d’engager des réformes audacieuses, à la fois structurelles et conjoncturelles en vue de la survie de nos économies.

Mieux, nous avions procédé à la moralisation du capitalisme sous toutes ses formes.   (Promotion de la bonne gouvernance, lutte contre la corruption et les détournements, réduction du train de vie de l’Etat, etc). Mais rien n’y fit.

Que nous a t-il finalement manqué ? de l’intelligence, de l’audace ou de la témérité?

Comment les peuples Rwandais, Angolais, Equato-guinéens, et ceux de l’Asie du sud-est, martyrisés  par des récessions chroniques  il y’a près de vingt ans,  ont-ils  su et pu réorienter leur destin au point de susciter aujourd’hui notre admiration ?

 

L’élite centrafricaine doit multiplier les occasions d’échanges  sur ces sujets dont dépendent notre avenir immédiat et notre survie collective.

 

La réconciliation avec soi précède la réconciliation entre nous et avec les autres. Le traumatisme congénital de  notre République,  provoqué par la disparition  de Barthélémy Boganda, non encore élucidée à ce jour, semble ne nous offusquer ni tout simplement nous interpeler, cinquante-sept ans (57) ans après.

C’est comme si dans ce bilan chaotique de notre passé commun, nous avions convenu de faire passer tout simplement en pertes et profits, la mort du père fondateur de notre République ?

Alors que nous commémorons tous les 29 mars l’anniversaire  supposé du décès de Barthélemy Boganda, cette date est de plus en plus contestée par de crédibles sources et voix.

Sommes-nous conscients de la place et du rôle de « la mémoire  » dans l’équilibre psychologique de chaque citoyen et la structuration politique de tout un peuple?

Quelles réponses  préparerions-nous pour les probables curiosités et convocations historiques de notre jeunesse, en soif de repère?

 

Dans le même registre, les peuples Congolais, Burkinabé et bien d’autres, peuvent être fiers d’avoir déféré devant cette exigence de mémoire et obtenu le déclassement des dossiers Lumumba et Sankara.

Ces deux dossiers furent  pourtant postérieurs respectivement de 3 ans et de 28 ans,  à celui de Barthélémy Boganda.

 

Comment le peuple centrafricain, du haut de sa maturité,  peut-il sacrifier à ce point une si éloquente référence en matière de patriotisme engagé et éclairé ?

 

N’est-ce pas que pour se taire, il faut avoir quelque chose à dire?

 

Si  Dieu, c’est à dire la vérité transcendantale,  a la faculté de  parler  après ou malgré le silence de l’homme,  la vérité  historique par contre, ne peut se manifester que si des hommes et des femmes qui se sentent lésés, réagissent, crient, parlent, se plaignent.

Dans le cadre du dossier Barthélémy Boganda,  qu’est-ce qui pourrait expliquer une si grave aboulie collective ?

 

Notre indolence est aggravée par notre forte propension à l’allégeance.

Nous n’osons même plus crier fort, pour extérioriser notre douleur.

 

En plus de notre manque d’audace dans la formulation théorique  des vraies problèmes  qui compromettent le développement de notre pays, notre élite « serre trop vite  les talons » devant de simples préconisations ou injonctions de nos partenaires bilatéraux et multilatéraux, ou de simples investisseurs étrangers , au motif  qu’on a plus le choix.

 

Il est une « évidence cristalline » que les marges de manœoeuvres de tous les pays du monde sont  limitées devant les contraintes internationales. Même les États d’Europe sont confrontés à ce problème. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne procède de ce constat.

Cependant,  si tout ne dépend pas des Etats, beaucoup dépend  de la lucidité, du degré de patriotisme et de la capacité de chaque élite nationale,  à peser sur le cours des évènements.

Quel est le niveau de préparation de notre élite à être proactif, ainsi que le degré de complicité de l’ensemble du peuple centrafricain devant d’ultimes enjeux patriotiques?

 

La crise militaro-politique de 2013, dissimule des vérités  de même nature que celles qui encadrent le péché originel.

Dans notre quête actuelle de vérité, de justice et de réconciliation ,  sommes-nous bien d’accord et décidés à relever le triple défi de:

- la vérité sur les causes, les coupables et véritables complices de cette dernière crise ?

- la justice pour les victimes, adossée à un dédommagement conséquent?

- la réconciliation véritable, après une si grave et profonde fracture sociale?

 

Les crises malienne et centrafricaine dont les enjeux géostratégiques n’ont que très peu de similitude,  ont été manifestement traitées par la Communauté Internationale sur le même protocole thérapeutique. Beaucoup d’observateurs sérieux soulignent de plus en plus le caractère très volatile du climat sécuritaire, trois ans après la fin officielle de la crise malienne.

Qu’en sera t-il dans trois ans , de la situation centrafricaine bien plus complexe?

 

La stratégie actuelle de mise en oeœuvre du DDRR, qui repose essentiellement sur la présomption  de bonne foi  des ex-combattants, ô plusieurs fois constatée, sans une stratégie connexe clairement dissuasive, coercitive et répressive n’offre à ce jour qu’une très faible garantie d’un retour durable de la paix dans notre pays.

Les persistantes caprices de certains chefs de guerre face au Gouvernement de la République, dont-ils défient les biceps au quotidien , en sont une triste préfiguration.

 

La relative ambivalence de l’expression selon laquelle « la paix n’a pas de prix « , est à l’origine de certaines de nos confusions. La paix n’a pas de prix veut dire tout simplement que le prix de la paix n’a rien d’égal. Elle vaut plus que tout l’or du monde, parce que rien  ne la vaut. Sa mercuriale, c’est la surdétermination et le courage.

La paix et la guerre sont antinomiques. L’une exclue l’autre, même si dans l’absolue, une absence de guerre n’est pas forcément synonyme de paix.

Faire la guerre n’est jamais la meilleure solution sauf si c’est  pour préserver ou restaurer la paix.

Qui veut la paix prépare la guerre.

Vieille maxime certes, mais très actuelle « vérité  » pour tout acteur politique averti.

 

Alors que les groupes armés écument plus de la moitié de notre territoire, se réarment sous nos yeux et au su de la communauté internationale présente sur le théâtre des opérations, on nous explique aujourd’hui  encore, que le meilleur Général est  celui qui gagne une guerre sans tirer un seul coup de fusil. Cette belle plaisanterie qui embarrasse les jeunes soldats aspirant à ce grade,  tétanise profondément  les ardeurs des officiers formés et déterminés à défendre l’intégrité du territoire national, qui est d’abord et avant tout, une exigence de souveraineté.

 

Somme toute, la brutalité morale de la crise de 2013 et la manière dont elle a été gérée et continue d’être gérée  nous  confirme nos errements, nos incohérences et manque de courage, mais surtout  nos  enthousiasmes excessifs et précipitations, devant des enjeux qui requirent  trop souvent, sérénité et lucidité.

 

L’une des spécificités  des enjeux des temps actuels, c’est leur caractère souvent policé. Conséquemment, leur traitement requiert également, finesse et subtilité

 

Malheureusement, non seulement notre élite s’interdit de se poser les bonnes et vraies questions, elle est  souvent  prompte à apporter des réponses inappropriées ou complaisantes, aux vraies questions .

 

Est-il un sacrilège de rappeler que nous ne nous sommes pas fait prier, pour répéter en série , que la dernière crise déclenchée en 2013 fut d’origine confessionnelle, inhumant ainsi de facto ses profonds et véritables enjeux géostratégiques ?

 

Et les  confusions se succèdent.

 

Est-il normal qu’en tout temps dans notre pays, dans des contextes socio-politiques supposés acquis au principe de l’alternance démocratique, ceux qui gagnent le pouvoir gagnent tout, et ceux qui le perdent, perdent tout?

A cela s’ajoute cette monumentale erreur qui consiste à croire lorsqu’on a le pouvoir, qu’on l’aura pour toujours et que ceux qui l’ont perdu en seront éternellement disqualifiés?

 

N’y'a-t-il pas ici une première  explication aux éructations chroniques de notre démocratie dont personne ne s’est employé à en scruter  » le code génétique modifié « , qui a produit ces vingt-six dernières années de crises socio-politiques, tel un clone de vingt-six ans dont la tête humaine ne semble s’accommoder que  très difficilement d’un buste de Léopard sur quatre pattes de poulet, qui s’entremêlent constamment.

 

Alors que nous proclamons depuis plusieurs années notre attachement à l’Etat de droit, c’est à dire à la force du droit sur le droit de la force, nous  sommes trop souvent prompts à  manipuler des leviers institutionnels, pour opérer des règlements de compte, et infliger à nos frères-adversaires des humiliations , frustrations et graves injustices, dont seul le recours à la violence, parfois même aux armes, leur apparut à tort , comme l’unique solution de survie.

Comment s’étonner que les victimes de telles  injustices ne s’organisent-elles pas pour opposer à la stabilité institutionnelle, une dynamique multi-instable en vue de reconquérir quelques leviers de pouvoir dans une République, supposée appartenir à tous ses fils?

A t-on tiré les enseignements et fait le deuil de ces pratiques ?

 

Nous avions à plusieurs occasions,  privilégié les  récriminations et affrontements de tous ordres , en places et lieux d’analyses objectives et de concertations responsables.

 

Nous nous sommes trop souvent précipités vers des options  simplistes , au détriment de solutions responsables et durables , qui requièrent  forcément  des sacrifices utiles.

 

Toutes ces  ré-flexions  et interrogations, a priori indiscrètes, nous prédisposent à comprendre  que les défis à relever sont multiples, complexes, graves et profonds. Ils exigent de la lucidité, du courage, de la détermination, un sursaut national mais surtout , des options morales et politiques différentes, audacieuses et parfois même difficiles.

 

A la décharge de l’actuel régime, il faut du temps pour relever de tels défis.

Mais le plus important c’est de commencer, car demain commence aujourd’hui.

 

C’est à ces conditions que nous redeviendront les dignes héritiers de Barthélémy Boganda et de tous ces pionniers connus ou anonymes qui ont sacrifié leurs vies pour nous construire une République libre, indépendante et jadis prospère, dont malheureusement, nous n’avons pas pu ou su  défendre, ni perpétuer l’héritage et les ambitions.

 

Faisant partie de l’élite nationale, co-acteur et co-responsable de nos 26 ans d’errements post-démocratiques, je ne m’exonère de rien. Par conséquent, cette lettre ouverte ne saurait être ma « demande de dispense du purgatoire « .

Sa trame subliminale est une invitation  au débat citoyen. C’est  un exercice banal dans des pays Comme le Burkina-Faso, le Benin, le Cameroun, le Sénégal  Etc.

Elle doit être le lieu d’échanges dynamiques. Toutes les contributions y afférentes seront les bienvenues, pourvu qu’elles s’émancipent des considérations   ad-hominem et privilégient l’amour de notre Patrie, dont je reconnais ici, n’avoir pas plus ni moins que quiconque, le monopole.

 

Bruxelles et ses enjeux.

 

Ces prolégomènes fixés et la lucidité citoyenne activée, il devient possible et plus responsable d’engager l’autopsie  des financements annoncés à Bruxelles, contributeur par contributeur, en vue de notre résilience d’une part et d’autre part  de fixer les starting-blocks du relèvement  économique de la République Centrafricaine, à travers les dix (10) axes suivants :

 

1/ Bien démêler les  « dons non-remboursables » des prêts.

 

A l’occasion de la cérémonie solennelle de Bruxelles, au cours de laquelle les intentions de financement ont été annoncées, il n’est pas impossible que les vocables  » dons et prêts » aient été victimes d’un excès de langage ou tout au moins d’une inflation sémantique. Il est important de bien distinguer les « dons  » supposés non-remboursables des « prêts  » consentis à notre pays.

 

Comparaison n’est pas raison, mais elle inspire…

 

Dans le cas du Mali, après vérifications, les promesses suivantes furent des prêts.

- 36% de la contribution de la France,

- 87% de l’intervention de la Banque Africaine de Développement (BAD),

- 78% de l’appui de la Banque Mondiale

- 88% de la contribution de la Banque Islamique  de Développement (BID),

Les contributions de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et du FMI,  furent composées principalement de prêts.

 

Dans le cadre du financement de son Plan National de Développement Economique et Social (PNDS) le Gouvernement Burkinabé a veillé à ce que les ressources d’emprunt servent à financer des projets cohérents, susceptibles d’augmenter les capacités de production du pays, et non la consommation.

Cette option parait bien pertinente et pourrait nous inspirer.

 

2/  S’agit-il de nouveaux financements ou d’anciens financements recyclés?

 

Il est important de s’assurer si une partie des  montants  annoncés par les Contributeurs, n’ait été pris en compte  dans  des montants couvrant des projets déjà financés ou en cours de financement, avant la table-ronde du 17 novembre 2016.

Cette formule fut souvent utilisée par certains bailleurs, pour les besoins de la communication et du marketing, pour solenniser leur participation effective á un processus  de manifestation  de solidarité  en faveur d’un peuple en détresse.

 

Ce n’est pas offenser nos partenaires que de vouloir clarifier de tels aspects.

 

3/ les conditionnalités et  « procédures du bailleur » sont-elles tabous?

 

Il est  nécessaire de rappeler que  la mise à disposition des financements est  généralement subordonnée à certaines conditionnalités, souvent dissimulées dans les annexes (certaines sont parfois même non écrites), rendant quelque fois très difficile  l’absorption  de ces fonds.

Ces conditionnalités peuvent être d’ordre :

- politique (choix d’hommes, réformes institutionnelles…)

- économique (réformes structurelles.)

- sociale (réduction de la masse salariale.) etc.

Contrairement aux affirmations répandues selon lesquelles les financements extérieurs ne sont que très rarement consommés faute de projets bancables, il faut préciser que certaines conditionnalités et « procédures dites du bailleur » constituent de véritables entraves á l’accès à certain financement régulièrement constitués.

 

Dans le cas du Mali, il a été révélé par la Société Civile qu’à l’occasion de la signature de la convention  avec le FMI d’un montant de  46 millions de dollars ,Le gouvernement Malien devrait s’engager à mettre en œuvre un Programme d’Ajustement Structurel (PAS) sur une période de 3 ans (2014-2016),avec comme priorité absolue du Gouvernement , le remboursement de la dette extérieure du Mali.

Mieux, l’Etat Malien  devrait se désengager des secteurs stratégiques  tels que l’eau et l’énergie.

Dans le même registre, la mise en place d’institutions démocratiques, garantissant la bonne gouvernance et la bonne gestion de ces fonds, apparait souvent Comme une condition transcendantale. A ce titre, tout soupçon de détournement  de fonds ou de violation des droits de l’homme , quel qu’en soit la forme ou le niveau de documentation des faits, constitue  trop souvent un prétexte suffisant de suspension ou d’interruption pure et simple de ces financements .

 

Il est important dans le cas de la RCA, de négocier ces aspects, ligne par ligne et même entre les lignes, afin d’éviter toute surprise ou quiproquo.

 

4/  l’épineuse question de l’expertise: le serpent qui se mord la queue.

 

Du côté du FMI, de la Banque Mondiale, et de certains organismes internationaux, certaines expertises supplémentaires sont généralement exigées pour la validation des projets initialement retenus dans le « pipe ». Des financements très importants sont généralement affectés à cette fin depuis la mise en place des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS)  des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), des Documents de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (DSRP) , des successives Table-Rondes, etc.

 

Toutes ces études et expertises qui ont présidé à la structuration des programmes précédents et à leur mise en oeuvre ont été réalisées par les experts internationaux,  avec la collaboration  des cadres nationaux.

Malheureusement, les successifs échecs de ces programmes ne sont imputés qu’à nos Gouvernements mais  jamais aux co-responsables que sont nos  partenaires.

Par ailleurs, le renouvellement constant des élites dirigeantes (administratives et politiques), consécutif à l’instabilité institutionnelle, rend les nouveaux venus souvent vulnérables et même malléables lors des négociations avec les partenaires, eu égard aux pressions multiformes des urgences sociales à résoudre.

 

Nous sommes aujourd’hui encore devant les mêmes situations où, Il est á craindre que le non référencement d’expertises nationales par  secteur, serve de prétexte au recrutement d’experts étrangers, qui maitrisent parfaitement les statistiques mais pas trop souvent les ressorts psychologiques et spécificités socio-historiques de notre peuple.

In fine, ces frais de consultation absorbent une proportion considérable des financements extérieurs,  destinés á soutenir l’économie centrafricaine et  à accompagner bien plutôt,  la maturation  d’expertises nationales.

 

Il est donc nécessaire, sinon vital, de constituer une équipe d’experts impliquant  les pouvoirs publics et des hommes-ressources possédant un savoir-faire avéré dans les domaines juridiques, de la diplomatie, de l’économie et des finances, de l’ingénierie des projets, etc. en vue d’accompagner l’ensemble du processus .

 

Les mesures concrètes déjà prises par le Gouvernement dans ce sens sont encourageables  et doivent être poursuivies.

 

5/ Nécessité d’une grande vigilance sur le chronogramme des décaissements.

 

En temps normal, les procédures de décaissement sont très longues.

Plus concrètement, tout commence par  la présentation du projet de convention de financement en conseil de ministres pour examen avant d’être transmis à l’Assemblée Nationale  pour adoption. Il s’en suit les études techniques et économiques, qui doivent déboucher sur le lancement des appels d’offre, le recrutement des prestataires, le suivi  contrôle, et enfin le décaissement.

Cette procédure peut prendre plusieurs mois.

 

Au sortir de ces dernières élections, nos compatriotes exigent – et c’est leur droit- des réponses concrètes et immédiates, dans différents domaines de la vie économique et sociale de notre pays.

Ils aspirent  à la fois à la paix et au pain. Ils veulent  constater au quotidien, un début d’amélioration de leurs conditions de vie. Ils veulent  s’assurer que le changement tant espéré s’est annoncé.

Bref, les attentes de nos compatriotes sont immenses mais les moyens de l’Etat, limités.

Face à ces impératifs sociaux, le Gouvernement a des impératifs d’actions, de moyens et de résultats,  à tenir instamment.

Il est fortement souhaitable que les financements mobilisés soient  alloués sous forme d’appuis budgétaires, plutôt que de les subordonner à  des projets spécifiques dont les procédures de validation, seront  longues et complexes.

 

L’engagement des acteurs de la société civile ainsi que la disponibilité des parlementaires centrafricains, à contrôler la gestion de ces fonds, sans oublier la mise en place d’institutions chargées de la Bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption ,créent les conditions de confiance  suffisantes et nécessaires à la priorisation de la procédure de décaissement sous la forme d’appuis budgétaires.

 

Dans le cas du Mali, sur les fonds effectivement mobilisés à la suite de la conférence de Bruxelles de 2013, près de :

- 767 milliards de Francs CFA ont été décaissés au cours de la première année;

- 1 400 milliards de francs CFA ont fait l’objet d’accords de financement confirmés, au cours des  deux années qui on suivi la table-ronde.

A la fin des deux premières années, le taux global de décaissement  a atteint  les 70% des intentions de financement.

 

Il serait important que notre performance en terme de :

-confirmation des intentions de financement;

-taux de décaissement;

soit bien meilleure au bout de 18 mois.

 

6/ Le gouvernement doit poursuivre les discussions avec les différents partenaires en vue d’une bonne maitrise du routage des fonds.

 

Il est une exigence de souveraineté de confier au Gouvernement la gestion des fonds consentis à un Etat, furent-ils des dons ou des prêts.

Le bilan de la gestion des fonds par les ONG internationales et les Organismes internationaux, en place et lieu de nos Gouvernements, a révélé  quelques irrégularités et même des malversations similaires à celles reprochées à nos dirigeants, et ayant motivé la disqualification du Gouvernement de la gestion de certains financements.

Comme  la République Centrafricaine s’est dotée  par la voie des urnes, de dirigeants légitimes et d’institutions régulières (à défaut d’être fortes), il est opportun que le Gouvernement poursuive les discussions avec les différents partenaires en vue d’une bonne maitrise du routage des financements confirmés.

 

Selon  les informations rendues publiques par le Gouvernement Malien   94, 7 milliards  de francs CFA sont passés par le budget de l’Etat, au titre de l’aide budgétaire, contre 536 milliards francs CFA qui sont orientés  dans  les circuits financiers des ONG, à l’issue de la Table-ronde de 2013.

 

Ces importants aiguillages des fonds vers les ONG surtout internationales ont alimenté les commentaires  sur l’évaporation d’une partie, Sinon, de l’essentiel de ces fonds. Par ailleurs la réticence des ONG internationales à présenter leurs états financiers  au Gouvernement et donc à justifier leur gestion a alimenté quelques frictions entre le Gouvernement centrafricain et les ONG internationales en 2012.

 

Par l’absurde,  si les financements doivent transiter obligatoirement par les ONG, il devient impératif, de saisir cette opportunité pour renforcer les capacités d’intervention des ONG nationales, dont les carences structurelles et opérationnelles ont servi de prétexte au re-routage des financements vers les ONG internationales.

Plusieurs plaintes des ONG Nationales à ce sujet demeurent sans suite.

 

7/ le rôle  déterminant du secteur privé dans le relèvement économique, le développement de notre pays et la stabilité institutionnelle

 

Au sortir des crises successives de 1996 à 2003, le tissu commercial et industriel de la RCA plafonnait à 500 grandes et moyennes entreprises, dont près de la moitié agonisait. Les derniers évènements de 2013 ont endeuillé ce qui restait du secteur privé national.

Cette situation a provoqué le rétrécissement drastique de l’assiette fiscale et réduit considérablement les recettes fiscales qui constituent avec les recettes douanières, les principales ressources budgétaires de notre pays.

Face à cette situation, le Gouvernement serait bien inspiré d’orienter ces fonds vers les  entreprises nationales  victimes de ces dernières crises, dont le manque cruel de ressources compromet indiscutablement leurs ambitions de relèvement et de compétitivité, dans la  sous-région.

Une concertation sur ce sujet, entre le Gouvernement et le secteur privé  dans cadre du CMC2A, constituera une première étape décisive.

 

La frilosité des Banques devant le risque et surtout la non disponibilité des états financiers des entreprises depuis 3 ans , excluent de facto  beaucoup d’entre elles,  de tout accès au crédit.

Le relèvement par la Banque centrale du plafond de refinancement de l’économie centrafricaine à 50 milliards de FCFA n’a toujours pas créé l’électrochoc escompté sur notre économie.

Il revient à l’Etat d’explorer d’autres types d’interventions directes dans l’économie sous forme de subvention au secteur privé national.

Les vieilles conceptions exonérant l’Etat de tout interventionnisme économique  ont toujours la peau dure même lorsque la réalité crève les yeux. C’est pourtant sur ce type de sujets, que le Régime Actuel  imprimera ses marques, en terme de rupture et de changement.

 

Toute proportion gardée, c’est  du  relèvement du secteur privé national que dépendront la survie de notre économie et de nos institutions.

 

L’appui au secteur privé doit être concret.

 

Les  multinationales qui ont payé  le prix de cette affreuse et absurde guerre, doivent bénéficier de la bienveillante attention du Gouvernement, par le re-routage en leur faveur des opportunités d’affaires relevant de leurs secteurs d’activités.

Concomitamment, un soutien franc et massif doit être apporté aux centrafricains qui se sont fait distingués dans l’initiative privée et dont les activités ont été détruites du fait de la guerre.

Les Etats-Unis d’Amérique,  chantre du libéralisme et de la libre concurrence ont décidé depuis bientôt près de 20ans , que seules les entreprises Américaines ont le droit de soumissionner pour les marchés de plus d’un milliard de dollars américains .

 

Une élite par définition doit être porteuse de vision. Mieux encore lors qu’il s’agit d’une élite politique. C’est pourquoi, il doit être une option doctrinale, une urgence de salut public pour un Gouvernement, de décider d’accompagner à la faveur des opportunités annoncées, les  hommes d’affaires centrafricains.

Environ 35 à 40% des financements mobilisés à l’issue de Bruxelles doivent être orientés vers le secteur privé centrafricain. C’est lui qui est créateur de richesses et d’emplois. C’est lui le moteur de la croissance de notre économie.

Les tristes souvenir des mirobolantes sommes sensées accompagner le déploiement de la Minusca, et qui malheureusement se sont éthérées, à la surprise générale des opérateurs économiques centrafricains, hantent encore les esprits échaudés.

Il est important que le Gouvernement y veille particulièrement.

 

Notre histoire récente a démontré que la déliquescence économique de notre pays a alimenté des confusions et rancœurs et entrainé  la déliquescence de nos institutions.

Il n’est donc ni tard ni superflu, d’affirmer avec force, que la dernière crise qui a ébranlé les fondamentaux de notre nation résulte de l’aggravation du niveau de notre retard de développement, comparé à tous nos voisins immédiats.

 

La pauvreté est et demeure une véritable menace contre la paix et  la démocratie.

 

De même, l’obscurantisme,  l’intolérance, l’analphabétisme  , Le manque de solidarité, les injustices,  l’impunité, la non reconnaissance des droits de la femme, de l’enfant, des minorités , qui constituent  trop souvent des  corollaires de la pauvreté , sont  aussi , ou peuvent constituer,   des menaces contre la paix , la cohésion sociale et la démocratie.

 

La crise de 2013 à des origines économiques lointaines, qui l’ont transformé en crise sociale en ce qu’elle a ébranlé les fondamentaux de notre société ainsi que les valeurs morales qui la sous-tendent, avant de devenir politique puisqu’elle s’est soldée par un Changement institutionnel par la voie des armes.

 

Dans l’absolue, la crise que nous avons connue, a révélé  l’existence de plusieurs « cloisons vitrées » entre la démocratie,  la paix et le développement.

Il n’y a pas de démocratie qui vaille ni de paix durable, ni moins encore de garantie de sécurité collective, sans un développement économique et social.

 

 

8/  la place et le rôle de la communication

 

S’il est incohérent de dire que les médias constituent  le quatrième pouvoir dans une démocratie, il est plus pertinent d’affirmer qu’ils sont les premiers des contre-pouvoirs. Ils sont les yeux et les oreilles du peuple. Ils sont les chiens de garde de la démocratie. Ils ont vocation à présenter, à expliquer, à vulgariser, à commenter et parfois même à dénoncer. Il faut coopérer avec la presse et ne jamais se lasser d’aller vers elle. Elle est le ferment de la démocratie et de l’Etat de droit.

Il vaut mieux  pour un pouvoir, renseigner la presse que de la laisser se renseigner.

 

Sur le plan institutionnel, il faut se garder de penser que les campagnes  sur la cohésion sociale et la paix, réduites à la diffusion de slogans et d’affiches à Bangui, suffiront à provoquer les effets escomptés. Nous n’en viendrons jamais à bout des  reliquats de haine dans les cœurs de nos compatriotes, sans une véritable stratégie de communication multisectorielle, dimensionnée et adaptée à chaque couche.

 

Enfin, spécifiquement autour des enjeux de Bruxelles, il est urgent de déployer dans  les meilleurs délais,  une communication gouvernementale proactive axée d’abord autour :

a)- des enjeux de l’ajustement structurel exigé par les institutions de Bretton-woods et  du risque très élevé de l’ajustement monétaire en perspective.

Le Gouvernement est appelé à multiplier les explications en direction de toute la population en général et  des travailleurs centrafricains en particulier, dont l’espoir  de jouir des retombés de Bruxelles risque d’être transformé en une kyrielle  de sacrifices insupportables.

 

b)- du niveau de mobilisation des ressources annoncées à Bruxelles, de  leur gestion transparente et responsable  et enfin de leur impact sur  l’état général de l’économie nationale sans quoi , il n’est pas impossible que des accusations de dilapidation ou de détournement viennent gangrener   tel un cancer, le débat politique national, dans un futur proche.

 

9/ Et les autres pôles de mobilisation des ressources !

 

Le principal avantage de Bruxelles  fut d’avoir mobilisé en un seul lieu, en un seul jour plusieurs bailleurs qui, dans une dynamique concertée, ont témoigné leur solidarité au peuple centrafricain.

C’est tout à leur honneur, et nous devons leur témoigner notre sincère et profonde gratitude.

 

Cependant, il faut préciser qu’il existe d’autres espaces  similaires à prospecter, en vue de mobiliser les financements  nécessaires au relèvement de notre économie.

Mieux, le succès de la Table-ronde de Bruxelles offre á la République centrafricaine la crédibilité et le sauf-conduit nécessaires aux futures  négociations.

 

Les Etats et organisations économiques régionales d’Asie, d’Amériques, du Golfe, du groupe des scandinaves et autres,  constituent de nouveaux  pôles  de dynamisation  de l’économie mondiale dont nous n’explorons que très subsidiairement les opportunités, sans oublier la coopération sud-sud.

Le mérite du Gouvernement de Transition fût d’avoir dynamisé certaines de ces coopérations notamment, avec les pays du Golfe.

La poursuite concertée de notre diplomatie de développement pourrait permettre à notre pays de mobiliser les financements complémentaires et additionnels nécessaires non seulement au relèvement, mais également à l’inscription de la RCA dans la   dynamique  de l’émergence d’ici 2035, à l’instar de nos pays voisins.

 

Le dynamisme de la  coopération  entre la Chine et notre  pays, au cours de ces 20 dernières années doit-être entretenu. Dans le même temps, s’offrent à nous les conditions favorables d’une redynamisation de nos relations avec les Etats-Unis d’Amérique, l’Europe et plus particulièrement avec la France dont la nouvelle stratégie avouée, de coopération économique et commerciale avec l’Afrique,  sera caractérisée par la promotion des partenariats d’affaires.

 

Cependant,  la concentration des conflits économiques internationaux en Afrique dans un futur très proche, s’ils n’ont déjà pas commencé, nous commande  de préparer de manière responsable, ces nouveaux enjeux économico-politiques.

 

Aussi , sommes-nous fiers d’appartenir à cette communauté de peuple ayant en partage le français, qu’est la francophonie. Toutefois, la récente demande d’adhésion de l’Arabie Saoudite à la francophonie est une excellente démonstration de l’urgente nécessité pour tout Etat ambitieux de promouvoir, dans l’intérêt de sa jeunesse et de son économie, le multilinguisme.

Contrairement aux illusions répandues, l’analphabète  de demain :

- ce n’est pas celui qui ne saura lire ni écrire le français

- ce n’est pas non plus comme le prétendent certains, celui qui ne saura pas  utiliser un ordinateur.

L’analphabète de demain sera ce  » sourd-muet  » occasionnel, devant un interlocuteur arabophone ou anglophone  dans un avion, un supermarché, au téléphone etc.

Notre jeunesse, nos opérateurs économiques, nos cadres doivent maitriser les outils de communication de demain que sont ces principales langues internationales, en plus du français.

le multilinguisme sera le véritable passeport de demain.

 

Autour des années 2030, l’Inde  disputera avec la Chine  le statut de pays locomotive de l’économie Mondiale. Cette transition préparera le grand Boum économique de l’Afrique dont les observateurs les plus sérieux, situent la crête entre les années 2045-2050.

Quelles-peuvent-être nos ambitions ainsi que les stratégies de pré-positionnement de notre pays , avant et pendant ces importantes et irréversibles échéances  de l’économie mondiale ?

 

Plus immédiatement, les besoins en financements,  nécessaires  à la remise à niveau de l’économie de la République centrafricaine sont de l’ordre de 20000 milliards de francs CFA  en Investissement Direct Constant  (IDC) sur 5 ans, soit 4000 milliards par année.

Ce chiffre qui donne la cœnurose (le tournis) représente tout simplement le Budget du Congo, pays voisin de la RCA dont la superficie est de 342.000 km2 et d’environ 3.8  millions d’habitants.

 

Il est important de souligner que notre exceptionnelle performance á Bruxelles ne représente qu’environ :

*  le tiers des financements annoncés à la Table ronde de Paris pour le Madagascar des 1 et 2 décembre 2016 (6 milliards d’euros)

*  20% des intentions  de financements  exprimées en faveur du Burkina-Faso, lors de la Table-ronde de Paris des 7 et 8 décembre 2016, constituées  d’environ 12 milliards d’euros de promesses de dons des bailleurs internationaux, et de 16 milliards d’euros de financement du secteur privé , pour la mise en œuvre de son Plan National de Développement Économique et Social (PNDES), qui couvrira  la période 2016-2020

*  approximativement le tiers du budget de l’exercice 2015 , du Congo Brazzaville ,du Gabon ou du Cameroun

*  la moitié du budget de la Guinée Equatoriale, pour l’exercice 2015 ( 2600 milliards de francs CFA

*  inférieur de 500 milliards, du budget annuel du Tchad de 2015(1600 milliards de francs CFA)

Tous ces pays sont  membres de la même Communauté Economique et Monétaire que nous ( la CEMAC ) dont l’essentiel de leurs ressources budgétaires est constitué à 80 % de revenus pétroliers.

Je fais observer que  nous partageons avec ces 5 Etats les mêmes critères de convergences économiques.

Je persiste à penser que la mise en exploitation de nos ressources  dont le pétrole, rétablira le maillon manquant des réformes structurelles indispensables au développement économique véritable  de la République centrafricaine.

Le modèle économique de la gouvernance mondiale du secteur pétrolier dont l’obsolescence  explique la crise actuelle, ne saurait constituer un contre-argument pertinent ni moins encore opposable.

 

Alors que la RCA  demeure le seul pays de la CEMAC non producteur de pétrole, dont les lacunes et retards  multisectoriels sont alarmants, certains d’entre nous  persistent  à dire que » le pétrole n’est pas la panacée’’. Cette plaisanterie devant la misère de nos compatriotes,  rappelle certains traits de la culture africaine qui tolèrent des déclamations humoristiques lors des funérailles du Roi. Je le concède….

Mais attention, veillons à ne plus demeurer insensibles devant l’intolérable !

 

Le principal reproche à faire au dernier Gouvernement de Transition, c’est d’avoir manqué de stratégie et d’audace  pour négocier, exiger et obtenir une concertation autour des enjeux stratégiques liés à la mise en valeur de l’or noir centrafricain.

À en croire certains de nos dirigeants, c’est leur patriotisme dans le traitement du dossier du pétrole centrafricain qui leur a valu d’être évincé du pouvoir.

Bokassa, Patasse, Bozize, Djotodia à la veille de leur chute ont successivement alerté le peuple centrafricain , sur les manipulations de tous ordres dont-ils reconnaissent avoir été victimes ou co-auteurs, et qui ont en réalité pour causes la convoitise des  richesses de notre pays, dont le pétrole.

Aujourd’hui, à la crainte d’en parler doit succéder la meilleure manière de négocier ce dossier, pourquoi pas via l’Assemblée Nationale afin que le diable, prétextant d’un quelconque détail,  ne s’y invite à nouveau.

 

C’est  à  cette  condition  que  nous  règlerons  les  questions  sécuritaires  dans le  Nord  de notre pays et non grâce au succès du DDRR qui n’en est en réalité, qu’une mesure d’accompagnement.

 

10/  l’Union Sacrée : références et principales inférences.

 

L’Union sacrée est un « concept opératoire » qui fait son chemin et dont-il faut saluer les manifestations par la classe politique centrafricaine, toutes tendances confondues, avant et pendant la Table-ronde de Bruxelles.

 

En réaction responsable aux critiques selon lesquelles la classe politique centrafricaine serait co-responsable des successives crises socio-politiques de ces  20 dernières années , notre élite politique a décidé de s’absoudre en prolongeant de manière unilatérale l’état  de grâce depuis mars 2016 et d’instaurer par la même occasion une  paix des braves qui l’honore , au sortir de cette dernière crise militaro-politique.

Comment encadrer et accompagner une « si suspecte  » bonne foi, dans une démocratie?

 

Il est important de souligner que la création et l’entretien d’un environnement politique apaisé, adossé aux principes démocratiques et à l’Etat de droit, constitueront incontestablement, le premier facteur de succès de la stratégie Nationale  de mobilisation, d’absorption des  ressources annoncées  et surtout d’implémentation des fondamentaux de notre économie.

L’union sacrée, apparait alors comme la clé de cette grande, noble et nouvelle aventure collective.

L’union sacrée, c’est comme la somme de la puissance des réacteurs de l’A 380 qui rend possible le décollage de cet assemblage de 560.000 kg de ferrailles.

 

Lancé  par le Président de la République  pour la première fois , entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2016 ,et plusieurs fois réaffirmée après son élection, l’appel à  l’union sacrée a reçu l’adhésion de la majorité des animateurs de la vie politique centrafricaine et même au-delà , comme en témoignent les prédispositions favorables de l’ensemble des forces vives à s’impliquer et/ou à soutenir les actions positives du Gouvernement, dans l’intérêt supérieur de notre pays.

 

L’union sacrée procède d’un triptyque

 

a) Premier terme du triptyque: Le constat de la désagrégation de nos valeurs

 

le triste constat de ce qui reste  de la grande ambition de Barthélemy Boganda pour notre cher  pays , que nous n’ avions pas su avoir en partage et qui a implosé du fait de nos intrigues, de nos turpitudes , de nos intolérances, de nos égoïsmes, des  incohérences de nos options politiques, est déconcertant.

Notre propension à recourir systématiquement à l’aide internationale nous parait normale, au motif que nous sortons d’une très grave crise. Mais nous feignons d’oublier que notre crise n’est pas naturelle et par conséquent, ne saurait affliger indéfiniment les peuples de l’hémisphère nord, confrontés eux-aussi à d’énormes problèmes socio-économiques.

 

Nous avons presque oublié  que le principe moteur des relations internationales de tout temps, furent-elles publiques ou privées, est et demeure celui du Win Win, du donnant- donnant ou du gagnant-gagnant.

 

Nous faisons semblant de ne  pas comprendre les messages des autres peuples qui, à travers la manifestation de leur solidarité , nous démontrent au quotidien  que l’aide qu’ils nous apportent, n’est que le résultat de  leur abnégation au travail , de leur gout de l’effort, de leur audace , de leur témérité, de leur capacité individuelle  et collective à se prendre en charge et à construire  eux-mêmes leur destin.

 

Ce premier terme du triptyque  confirme de manière  irréfragable, la  désagrégation de nos références historiques, de nos valeurs morales, sociétales et politiques.

 

B) Deuxième terme du triptyque : l’engagement pour la rupture et le changement.

 

En place et lieu de l’introuvable meilleur régime politique, la démocratie est apparue  au bilan, comme le moins mauvais. Elle  a la particularité de créer des espaces dynamiques et d’offrir les moyens d’une gestion apaisée des divergences et de l’alternance dans un Etat. Les raccourcis politiques qui nous ont précipité dans les bras du diable en 2013 taraudent encore les esprits, s’ils ne sont pas déjà  inscrits dans du marbre, « afin que nul n’en ignore » .

 

Hegel disait de l’histoire que  » lorsqu’elle bégaie une première fois, elle est tragique, mais une seconde fois elle devient comique »

Mais Hegel ne pouvait s’imaginer qu’en Centrafrique l’histoire pouvait  se répéter mécaniquement tous les Dix ans ….

Tragique, comique, ou tragi-comique,  le peuple centrafricain semble avoir décidé de tourner définitivement ces pages sombres de son histoire.

C’est pourquoi, d’une voix collective grave, il a scandé le slogan de la rupture: » PLUS JAMAIS ÇA »; « IL FAUT QUE ÇA CHANGE »

Est-ce suffisant ?

 

C)  Troisième terme du triptyque : Comment et avec qui réaliser le changement

 

En vérité, contrairement à nos illusions et confusions, souvent provoquées par nos ambitions et/ou positions de pouvoir, personne d’entre nous, n’est plus responsable  qu’un autre, dans cette immense œuvre de reconstruction nationale.

Personne n’a ni le monopole du cœur et de la raison, ni moins encore les meilleures solutions, face à nos multiples défis.

Notre destin collectif sera le résultat  de ce que nous aurons collectivement décidé d’en faire.

Ensemble, nous serons plus intelligents pour identifier les meilleures solutions à nos problèmes,  parce que nous mettrons  en synergie et en mouvement, le Concept du Cerveau Collectif.

Ensemble, nous serons plus forts pour agir, parce qu’un peuple en  action n’est fort pour relever de grands défis, que s’il est uni.

L’humilité commande d’en conclure, que ce qui  divise un peuple mature et responsable est forcément beaucoup moins important que ce qui l’unit.

 

C’est  de ce triptyque que sont tirés les fondements de la légitimité théorique et de l’encrage dans l’action politique , du concept d’union sacrée.

 

L’union sacrée est plus qu’une nécessité. C’est la condition première de l’efficacité et du succès, en même temps qu’elle est  une exigence de survie collective.

C’est la disqualification des intérêts égoïstes en faveur de l’intérêt Général.

C’est la prise de conscience de nos erreurs, errements, compromissions, et manipulations de tous ordres dont nous avons été parfois coupables ou trop souvent victimes.

C’est la proscription des stratégies de nuisance en faveur de la témérité concertée.

C’est le carrefour de la manifestation de l’orgueil patriotique.

C’est la conviction qu’on ne peut pas servir deux Patries, comme les chrétiens, les musulmans et les juifs s’interdisent de servir deux Dieux.

C’est la conviction que l’amour de sa patrie est le seul lieu de convergence des droits  du sang et du sol qui confèrent la nationalité et la citoyenneté.

 

Mais l »union sacrée ne saurait être réduite à l’unanimisme. Elle ne doit pas être le nouveau cadre de production de la pensée unique.

Les compromis dynamiques auxquels elle devrait conduire, doivent résulter de sérieux et véritables ferraillages démocratiques et non, arrachés au forceps comme dans les oligarchies monolithiques classiques.

Les cadres de discussion doivent obéir au process d’une concertation républicaine et non d’une « grande messe » qui réunirait  d’un côté les « détenteurs légitimes du pouvoir », maitres de cérémonies et de l’autre, de fidèles et taciturnes alliés, qui n’auront droit à la parole que pour dire simplement merci , d’y avoir été conviés.

L’union sacrée n’est pas non plus un confessionnal  mais plutôt la paroisse du patriotisme engagé. C’est la passion douloureuse des grands sacrifices pour notre pays et pour nos compatriotes, au sortir de toutes ces multiples crises qui ont altéré  notre identité, notre vivre ensemble et nos ambitions.

 

La nouvelle séquence de notre histoire qui commence  imposent á l’ensemble de la classe politique centrafricaine, de s’interdire toute récupération  tacticienne du concept d’Union Sacrée, et d’explorer rationnellement tout le potentiel mélioratif et  dynamique , inhérent à sa contractualisation sous une forme juridique ou simplement morale.

 

En somme , l’union  sacrée contraint l’ensemble de la classe politique centrafricaine à :

 

a) – s’accorder sur une série minimale et non limitative de compromis dynamiques, susceptibles de consolider la paix retrouvée ainsi que notre vivre ensemble, de restaurer notre crédibilité sur le plan international et de promouvoir à court terme  le développement économique et social de notre pays.

 

B) – définir un édit qui précise et encadre  les conditions d’une gouvernance apaisée et  négociée sur  des bases justes et équitables, en préservant la dynamique globale des institutions, telles que prévues par notre constitution.

 

Toutes les pistes des ré-flexions à la fois antérogrades, prospectives et proactives formulées pêle-mêle dans cette lettre ouverte, peuvent heurter des susceptibilités.

Je voudrais à l’avance le regretter plutôt que  m’en excuser car, loin de moi cette intention.

Dans le pire des cas, j’aurai  heurté certaines sensibilités et susceptibilités, de bonne foi.

 

Toutefois,  je persiste à penser que le rôle d’une élite mature, responsable, courageuse et engagée, est  d’identifier et de proposer des alternatives sectorielles et/ou globales.  C’est de contribuer par les idées et non par les armes, à la recherche des moins mauvaises solutions en vue de l’amélioration des conditions de vie de ses compatriotes.

 

Un tel engagement exige  et impose la lucidité et le courage dans la formulation des options, surtout lorsqu’elles ont l’ambition de préfigurer une dynamique de rupture, de changement et de renouveau.

 

A l’issue des dernières élections présidentielles, le peuple centrafricain a fait le choix de la rupture et du changement. Nous ne les  réaliserons  jamais avec des stéréotypes, des idées convenues, des prêt-à-porter idéologiques, ou des méthodes et pratiques hier décriées ou  déjà devenues caduques.

 

Si la rupture entérine une fin, Le changement par contre inaugure l’avènement de quelque chose de nouveau, de différent. C’est l’audace d’idées nouvelles. Il commence par une conviction: Celle de penser  qu’il est possible de  penser autrement et d’agir autrement afin que demain ne soit  plus une pâle ou plus mauvaise copie, de la veille ou de  l’avant-veille.

 

L’absence de  propositions  proactives et responsables de notre leadership national, en vue de la résolution de nos problèmes, a trop souvent  servi de  prétexte à la duplication chez nous , par nos partenaires traditionnels ou par nous-mêmes , de modèles importés,  trop souvent  inadaptés à nos réalités.

 

Désormais, notre serment pour le changement est lourd de conséquences.

 

Comme les résultats obtenus à Bruxelles sont  référencés Comme exceptionnels c’est a dire non ordinaires dans l’histoire de notre pays, nous sommes désormais retenus dans les liens de l’excellence et condamnés à perpétuer  ce nouvel élan par la conquête  de nouveaux espaces de libertés, de droits, de responsabilités et d’actions ,afin que notre pays  cesse d’être une République entièrement à part, pour redevenir une  République à part entière, celle dont rêvait Barthélemy Boganda, Seul leader politique dont toute la postérité se réclame légitimement des idéaux.

 

Il nous est encore possible de redevenir les porte-flambeaux de cet héritage à condition de nous émanciper de notre indifférence coupable face aux souffrances de notre peuple, dans ce  difficile contexte de sortie de crise, ou la désolation et la consternation gagnent encore et toujours l’arrière-pays et dans une moindre mesure, Bangui.

Le nouvel an est d’abord et avant tout, une occasion de bilan, de remise en cause et de nouveaux engagements vis a vis de nous-mêmes, de nos proches, et de nos compatriotes.

Je nous-y invite.

 

Aussi, voudrais-je vous assurer chers compatriotes, que notre grandeur ainsi  que la souveraineté  de notre nation ne seront  jamais un du. Elles s’arrachent, se construisent ou se reconstituent  au quotidien moyennant  souvent de lourds sacrifices.

Moralité: il serait une romanesque illusion  de prétendre exercer une souveraineté  perdue ; c’est comme bomber le thorax, relever le menton et marcher pieds nus à coté de ses chaussures !

 

Bonne et heureuse année 2017, Que Dieu bénisse le peuple centrafricain.

 

Alfred POLOKO

 

 

Vous pouvez laisser une réponse, ou un rétrolien depuis votre propre site.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour déposer un commentaire.

Ce site est réaliser sous WordPress par JAEL